Nous partons tôt pour vite oublier notre halte regrettable à Grado. La perspective de quitter les Asturies par le col de Somiedo nous incite également à ne pas traîner, tant ce nom nous inspire d’effrayants présages. L’aube nous emboîte le pas et réveille peu à peu les petits villages que nous croisons, tandis que la brume se dégourdit, s’étire et coule sur le flanc des montagnes.

Filant sous nos roues, la peur alerte une chouette occupée à rogner un rongeur sur le bord de la route. Elle tente de décoller et nous de freiner mais le choc amorti n’en est pas moins terrifiant. Pas de bris de glace ni de taches de sang, nous poursuivons.
Après cette première rencontre violente et inespérée, un élégant panneau nous prévient de l’éventuel passage d’ours. Il n’en faut pas moins pour faire bouillir notre imagination à mesure que nous plongeons dans le nuage à l’abord du col. Sur le bord des chemins scintillent les toiles d’araignée cristallines et humides. Les rubans vaporeux caressent les vallées, hésitent, s’éloignent puis se reforment ailleurs.

Les elfes sont restés tapis et nous n’avons pas croisé d’ours. Une vache nous attendait au sommet, enveloppée dans le brouillard qui se dissipa derrière elle, découvrant un tout autre paysage.
C’est ainsi que nous prenons congé des dramatiques Asturies pour aborder León et ses mines septentrionales de charbon. Un paysage au vert plus passé, aux arbres chiches et aux constructions rustres, qui ne tarde pas à se remettre de la beauté de sa voisine nordique et à nous dévoiler timidement sa séduisante singularité.
